L’utilisation de la prophylaxie postexposition non professionnelle (PPEn) – à savoir une PPE appliquée à la suite d’un risque encouru en dehors du contexte du travail, se présente comme une stratégie d’intervention afin de réduire les risques d’infection par le VIH à la suite de rapports sexuels à risque. Néanmoins, il existe un certain manque de données actuelles concernant l’adhésion à ce traitement, son efficacité et sa tolérance. Cette étude visait donc à examiner un peu plus ces facteurs chez des individus ayant eu recours à la PPEn après des rapports sexuels à haut risque.
Les chercheurs ont mené ici (Carrillo, I., & al., Sexually Transmitted Infections, 2024) une étude observationnelle rétrospective des cas où la PPEn pour le VIH a été administrée, entre le 1er janvier 2018 et le 31 décembre 2021, dans une unité d’urgence de niveau tertiaire, à Madrid (Espagne). L’étude incluait tous les adultes de plus de 18 ans qui se sont volontairement présentés au service des urgences de l’Hôpital Fundación Jiménez Díaz dans les 72 heures suivant un rapport sexuel à risque et à qui a été recommandé un traitement prophylactique post-exposition contre le VIH. Le parcours de soins dans le contexte de l’administration de la PPEn dans ce centre de soins se traduit comme suit : les utilisateurs se rendent au service des urgences où, si une PPE est indiquée, ils reçoivent une médication d’une durée de trois jours ainsi qu’un rendez-vous au service des maladies infectieuses pour y passer un test analytique sérologique (test de dépistage initial). Le jour ouvrable suivant, les sujets se rendent à la pharmacie de l’hôpital pour recevoir le reste de la prescription afin de compléter les 28 jours du traitement. Le suivi et l’évaluation des participants doivent être effectués : au temps t0 (au moment de l’évaluation initiale), à un mois puis à trois mois après l’évaluation initiale.
Deux analyses ont été réalisées ici :
- d’une part, l’analyse de la cohorte initiale incluant les sujets pour lesquels des données de l’évaluation sérologique de base étaient disponibles (taux d’infection VIH occulte, caractéristiques épidémiologiques et cliniques de départ, prévalence des ITSS initiales) ;
- d’autre part, une analyse de l’efficacité et de la tolérance du schéma thérapeutique chez ceux qui avaient pu compléter le suivi.
Selon les résultats, 878 individus ont reçu la PPEn pour le VIH et ont subi des tests sérologiques initiaux ou tests de dépistage du VIH (valeur de base). Parmi eux, 621 ont complété l’ensemble du suivi et de l’évaluation. Le régime prescrit pour tous était un régime composé de raltégravir (RAL) 1200 mg, combiné avec du ténofovir et de l’emtricitabine (TDF/FTC) 245/200 mg, à prendre chaque jour jour pendant 28 jours. En ce qui concerne la tolérance au régime, 5,6 % (n=35) ont présenté des symptômes associés au traitement reçu, les symptômes gastro-intestinaux étant les plus fréquents dans 3,7 % des cas (n=23), suivis par des symptômes cutanés dans 0,5 % des cas (n=3), des altérations de la fonction rénale dans la même proportion de 0,5 % (n=3), et enfin d’autres symptômes tels que des étourdissements, des maux de tête et de la fatigue dans 0,8 % des cas (n=5). Aucun de ces symptômes n’a conduit à un arrêt du traitement.
Suivi sérologique
Un diagnostic confirmé du VIH a été observé chez 10 individus lors de l’analyse initiale (au moment de commencer le traitement), ce qui a donné un taux d’infection occulte parmi les utilisateurs de PPEn de 1,1 % (à savoir 10/878). Chez trois individus, le diagnostic du VIH a eu lieu au terme de six mois de suivi, avec des contrôles négatifs antérieurs et la documentation de comportements à risque persistants, ce qui a conduit à considérer ces cas comme de nouvelles infections non liées à l’utilisation de la PPEn. Un cas d’échec de la PPEn (0,16 %, soit 1/621) a été identifié chez un sujet qui a été testé positif à la sérologie deux mois après avoir initié le traitement. Cet individu avait terminé le traitement, ayant une analyse initiale avec un test de détection des anticorps anti-VIH qui s’est avéré négatif et un test de dépistage spécifique à l’antigène p24 négatif. En ce qui concerne l’analyse des autres ITSS, ont été identifiées : la syphilis (chez 4,9 % des patients), l’hépatite B (2,2 %), l’hépatite C (chez 2 personnes), l’hépatite A (2), Neisseria gonorrhoeae (24), Chlamydia trachomatis (12), Lymphogranuloma venereum (1), Mycoplasma genitalium (2) et le virus herpès simplex (VHS) (3).
En conclusion, selon les auteurs, la PPEn administrée sous forme d’un régime de RAL/TDF/FTC peut démontrer une grande efficacité et sécurité chez les participants, à condition qu’elle soit bien suivie. En effet, le taux d’infection dû à une potentielle défaillance de la PPEn a été de 0,16 %, à savoir qu’un seul patient sur 621 ayant effectué et complété un suivi a été infecté par le VIH. Cette donnée confirme la grande efficacité de cet outil pour réduire l’incidence des nouveaux diagnostics du VIH, aux côtés de la PrEP et de l’accès universel au traitement pour toutes les personnes vivant avec le VIH.
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