Les objectifs de cette étude (Suárez-García, I., & al., Journal of Antimicrobial Chemotherapy, 2024) visaient à évaluer l’efficacité à long-terme, la tolérabilité et la persistance de la bithérapie DTG/3TC (dolutégravir/lamivudine) à 96 semaines (96S) chez des participants vivant avec le VIH (PVVIH) naïfs au traitement issus de la cohorte CoRIS (Espagne, 2018-2023), et ce, en comparaison avec d’autres traitements antirétroviraux (ARV) de première ligne les plus fréquemment prescrits chez des PVVIH. L’étude a de même analysé son efficacité et sa tolérabilité dans des sous-groupes spécifiques sous-représentés dans les essais cliniques et pouvant présenter un risque de réponse sous-optimale au traitement ARV à long terme.
CoRIS est une cohorte ouverte, multicentrique et prospective d’adultes vivant avec le VIH (AVVIH), naïfs au traitement antirétroviral (ARV) à l’inclusion. Les participants de CoRIS ont été pris en charge pour la première fois dans des centres spécialisés dans le suivi du VIH et recrutés à partir du 1er janvier 2004 dans l’un des 48 centres participants basés en Espagne. Ils ont été suivis jusqu’au 30 novembre 2023. Pour cette étude, les participants étaient âgés de ≥ 18 ans, avaient démarré un traitement ARV avec DTG/3TC ou d’autres schémas de première ligne entre le 1er août 2018 et le 30 novembre 2021.
Les critères de jugement principaux incluaient la mesure de :
- la suppression virale (SV), définie comme une charge virale (CV) de l’ARN-VIH < 50 copies/mL à 96 (±24) S après l’initiation du traitement antirétroviral (TAR) ;
- l’échec virologique (ÉV) rapporté après une SV, défini comme deux charges virales consécutives de l’ARN-VIH > 50 copies/mL ou une charge virale > 1000 copies/mL après l’obtention de la SV et avant 96S.
Les critères secondaires comprenaient la mesure de :
- la réponse immunologique (RI), définie comme la variation du nombre de cellules CD4 à 96 (±24) S ;
- la persistance, définie comme le délai avant l’arrêt du traitement (c’est-à-dire l’interruption ou la modification de tout composant du schéma thérapeutique) au cours des 96 premières semaines suivant l’initiation du TAR, ainsi que la raison de l’arrêt ;
- l’incidence des arrêts de traitement dus à des événements indésirables (ÉI) sur 96 semaines après l’initiation, ainsi que la description de l’ÉI.
SV, CD4 : pas de différence significative entre DTG/3TC et les autres schémas
Parmi 2359 participants, les régimes thérapeutiques ont été prescrits de la manière suivante : la DTG/3TC à 472 participants (20 %), le bictégravir (BIC) / ténofovir alafénamide (TAF) / emtricitabine (FTC) à 1134 participants (48,1 %), le DTG + fumarate de ténofovir disoproxil (TDF) / FTC à 300 participants (12,7 %), le DTG / abacavir (ABC) / 3TC à 273 participants (11,6 %) et le darunavir (DRV) / cobicistat (COBI) / TAF / FTC à 180 participants (7,6 %).
À 96S après l’initiation du traitement, 94 % des participants qui ont démarré leur traitement avec DTG/3TC ont atteint une suppression virale (SV), et l’augmentation moyenne du nombre de cellules CD4 a été de 295,5 cellules/μL. Dans les analyses multivariées, les auteurs n’ont trouvé aucune différence significative en termes de SV ou d’augmentation des cellules CD4 (réponse immunologique) parmi les participants ayant initié avec DTG/3TC par rapport aux autres schémas. Parmi les PVVIH ayant initié un traitement par DTG/3TC et atteint une suppression virale (SV) à tout moment au cours des 96 semaines suivantes, 6 (1,6 %) ont ensuite présenté un échec virologique (ÉV).
Au cours des 96 premières semaines suivant l’initiation du traitement antirétroviral (TAR), 9,8 % des PVVIH ayant débuté un traitement par DTG/3TC ont interrompu leur schéma thérapeutique initial. Le pourcentage d’arrêts de traitement variait entre 13,1 % et 73,8 % parmi les autres schémas analysés. Le pourcentage d’interruptions du traitement par DTG/3TC en raison d’effets indésirables (EI) était de 1,3 % – ce pourcentage variait entre 2,7 % et 12 % pour les autres régimes . Le taux d’interruptions du traitement était plus faible pour le DTG/3TC que pour tous les autres schémas thérapeutiques, même après ajustement pour d’autres facteurs de risque. Dans l’analyse multivariée, l’initiation du TAR avec un schéma autre que le schéma DTG/3TC était associée à un risque accru d’interruption du traitement, globalement et en raison des effets indésirables.
Dans les analyses multivariées, aucune différence significative dans la suppression virale (SV) n’a été observée entre le traitement DTG/3TC et les autres schémas de TAR de première ligne chez les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) initiant le traitement avec >100 000 copies/mL, ainsi que chez celles ayant commencé dans les 7 jours suivant l’inclusion ou âgées de ≥ 50 ans.
Conclusion
En conclusion, parmi les PVVIH naïves au traitement issues de cette grande cohorte multicentrique, le DTG/3TC a montré une efficacité similaire, ainsi qu’une meilleure persistance et tolérance que les schémas de première ligne les plus fréquemment prescrits à 96 semaines.
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XLG
