La ville de San Francisco (Californie, États-Unis), qui compte près de 880 000 habitants, dont une population de 23 000 à 66 000 HARSAH (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes), présente aussi les taux les plus élevés de chlamydia, de gonorrhée et de syphilis précoce parmi tous les comtés de Californie, ainsi que l’un des taux les plus élevés d’infections transmissibles sexuellement (ITS) parmi toutes les juridictions aux États-Unis. Bien que la prophylaxie postexposition par la doxycycline (doxy PPE), une stratégie où les individus prennent 200 mg de doxycycline après un rapport sexuel sans préservatif (non protégé) pour prévenir les ITS bactériennes, ait démontré son efficacité dans des essais cliniques randomisés, l’effet potentiel de la doxy PPE sur l’incidence des ITS au niveau de la population reste inconnu.
Dans cette analyse (Sankaran, M., & al., JAMA Internal Medicine, 2025), les chercheurs ont tenté de décrire l’évolution des ITS à San Francisco au cours du temps et d’évaluer s’il y avait eu des changements réels et significatifs à l’échelle de la ville dans le nombre de cas signalés de chlamydia, de gonorrhée et de syphilis précoce chez les HARSAH et les femmes transgenres, et ce, après la publication et la mise en œuvre des recommandations municipales concernant la doxy PPE. L’objectif de cette étude visait donc à évaluer l’association entre la mise en place et la publication des lignes directrices concernant l’usage de la doxy PPE et le nombre de cas déclarés de chlamydia, de gonorrhée et de syphilis précoce chez les HARSAH et les femmes transgenres à San Francisco.
Cette analyse en séries chronologiques interrompues (ou ITS, interrupted time series) à l’échelle de la population, portant sur les cas d’ITS signalés à San Francisco, a mesuré les cas mensuels de chlamydia, de gonorrhée et de syphilis précoce avant (juillet 2021-octobre 2022) et après (novembre 2022-novembre 2023) la publication des lignes directrices municipales sur la doxy PPE en octobre 2022. Les données ont été analysées de novembre 2023 à juillet 2024. Le principal résultat mesuré était la variation en pourcentage entre le nombre de cas projetés et observés de chlamydia, de gonorrhée et de syphilis précoce au cours des 13 mois suivant la mise en place des recommandations.
Résultats : les cas de syphilis et chlamydia inférieurs aux tendances projetées
À l’échelle de la ville, il y a eu 6694 cas de chlamydia, 9603 cas de gonorrhée et 2121 cas de syphilis précoce parmi les HARSAH et les femmes transgenres au cours de toute la période d’analyse (juillet 2021-novembre 2023).
- Pour la chlamydia, les décomptes mensuels des cas au cours de la période de préimplantation étaient stables (−0,02 % par mois). Après la mise en œuvre de la doxy PPE, une augmentation immédiate de 14,03 % a été observée, suivie d’une diminution soutenue de −6,58 % par mois par rapport aux projections. Pour le mois de novembre 2023 (soit 13 mois après la publication des lignes directrices), les cas de chlamydia se sont avérés inférieurs de −49,64 % par rapport à la ligne de projection basée sur les tendances antérieures (avant novembre 2022). À noter que chez les femmes cisgenres, les cas de chlamydia en période postérieure ont augmenté de manière significative (2,46 % par mois) par rapport aux projections.
- Les cas de syphilis précoce sont restés globalement stables pendant la période de préimplantation (0,15 % par mois). Après la mise en œuvre de la doxy PPE, une diminution immédiate de −32,65 % des cas a été observée, suivie d’une diminution continue mais moins marquée de −2,68 % par mois par rapport aux projections. En novembre 2023, à la fin des 13 mois de la période post-implantation, les cas de syphilis précoce avaient diminué de −51,39 % par rapport aux décomptes projetés.
- Pour la gonorrhée, les cas durant la période préimplantation ont diminué de −1,80 % par mois. Cette tendance s’est arrêtée au moment de la publication des recommandations sur la doxy PPE, et le nombre de cas de gonorrhée par mois s’est stabilisé. Par rapport à la période préimplantation, il y a eu une augmentation nette des cas de gonorrhée de 1,77 % par mois ; à la fin des 13 mois de la période postérieure, les cas de gonorrhée étaient supérieurs de 25,55 % à ce qui aurait été attendu si la tendance de la période préimplantation s’était poursuivie.
Conclusion
Pour conclure, cette étude suggère que la publication des lignes directrices sur la doxy PPE à San Francisco a été associée à une diminution des cas signalés de chlamydia et de syphilis précoce, mais pas de gonorrhée, parmi les HARSAH et les femmes transgenres à San Francisco.
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XLG
