Bien que la prophylaxie préexposition (PrEP) contre le VIH réduise le risque d’acquisition du VIH, les personnes utilisant la PrEP demeurent exposées à un risque élevé de contracter des infections transmissibles sexuellement (ITS). Dans une revue systématique et une méta-analyse d’études portant sur les ITS chez les utilisateurs de PrEP, la prévalence combinée d’un critère composite regroupant les infections à Chlamydia trachomatis, à Neisseria gonorrhoeae et la syphilis précoce, avant de démarrer la PrEP était de 23,9 %, tandis que l’incidence combinée au cours de l’utilisation de la PrEP était de 72,2/100 personnes-années (PA) – Ong, J. J., & al., JAMA Network Open, 2019. Cependant, des essais cliniques randomisés ont démontré que la prophylaxie postexposition par la doxycycline (doxy-PEP ou doxy PPE) réduisait considérablement l’incidence des infections à Chlamydia trachomatis et de la syphilis chez certaines populations à risque élevé, notamment les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HARSAH) et les femmes transgenres (Lewis, F., & al., Sexually Transmitted Diseases, 2025; Luetkemeyer, A. F., & al., NEJM, 2023; Molina, J.-M., & al., The Lancet Infectious Diseases, 2018). Les auteurs ont tenté ici (Chen, Y.-T., & al., Sexually Transmitted Infections, 2026) d’évaluer l’impact de la doxy-PEP sur l’incidence des ITS chez les utilisateurs de PrEP en contexte de vie réelle.
Méthodes
Cette étude de cohorte prospective a été menée dans des cliniques de maladies infectieuses du National Taiwan University Hospital entre février 2022 et novembre 2025. Durant cette période, les participants âgés de ≥ 18 ans recevant une PrEP contre le VIH ont été inclus de manière prospective. Le dépistage des ITS à l’inclusion et lors des visites de suivi comprenait une sérologie de la syphilis ainsi que des tests PCR multiplex en temps réel pour la détection de Chlamydia trachomatis (CT), Neisseria gonorrhoeae (NG) et Mycoplasma genitalium (MG). À compter de novembre 2023, une doxy-PEP a été proposée lors des visites de suivi. L’exposition à la doxy-PEP a été évaluée au cours du suivi, en fonction de la date de la première prescription (date index séparant les périodes pré-doxy-PEP et post-doxy-PEP). Les taux d’incidence des ITS avant et après la première prescription documentée de doxy-PEP ont été comparés chez les mêmes participants. Les participants faisaient l’objet d’un dépistage systématique des ITS à intervalles réguliers et contribuaient au temps de suivi à partir de leur inscription au programme de PrEP jusqu’à la perte de vue ou à la fin de la période d’observation (30 novembre 2025), selon la première éventualité.
Résultats de l’étude
Parmi les 491 utilisateurs de PrEP inclus au cours de la période d’étude, 397 avaient reçu une prescription documentée de doxy-PEP. Chez ces 397 participants inclus, l’âge médian était de 32 ans; tous étaient des hommes cisgenres, dont 90,9 % étaient des HARSAH, 7,3 % des hommes cisgenres bisexuels et 1,8 % des hommes cisgenres hétérosexuels. Au total, 384/397 participants (96,7 %) ont déclaré avoir eu des relations sexuelles anales ou vaginales, et 299 (75,3 %) ont déclaré utiliser les préservatifs de façon irrégulière. Des antécédents d’ITS bactériennes avaient été documentés chez 54 participants (14,9 %), et 15 (3,7 %) avaient déclaré avoir consommé des drogues à des fins récréatives au cours de l’année précédente.
À l’inclusion, 3,3 % des participants avaient une sérologie réactive pour la syphilis, tandis que 15,5 %, 13,7 % et 5,2 % avaient obtenu un résultat positif respectivement pour CT, NG et MG.
La durée totale d’observation était de 173,1 PA au cours de la période précédant la doxy-PEP et de 405,9 PA au cours de la période suivant l’introduction de la doxy-PEP. Le taux d’incidence de la syphilis a diminué, passant de 6,4/100 PA durant la période pré-doxy-PEP à 2,0/100 PA durant la période post-doxy-PEP. Le taux d’incidence de l’infection à CT a diminué, passant de 31,9/100 PA à 8,8/100 PA.
Le taux d’incidence de l’infection à NG était de 26,3/ 100 PA durant la période pré-doxy-PEP et de 21,0/100 PA durant la période post-doxy-PEP, tandis que celui de l’infection à MG était respectivement de 9,5/100 PA et de 12,7/100 PA.
Dans les analyses de régression de Poisson, la période post-doxy-PEP a été associée à des taux d’incidence significativement plus faibles de syphilis (rapport des taux d’incidence ou RTI = 0,3) et d’infection à CT (RTI = 0,3), comparativement à la période pré-doxy-PEP. Aucune différence statistiquement significative n’a été observée pour l’infection à NG (RTI = 0,8) ni pour l’infection à MG (RTI = 1,3).
Discussion
Dans cette étude, l’incidence des ITS après l’instauration de la doxy-PEP chez les utilisateurs de PrEP contre le VIH était significativement plus faible pour la syphilis (réduction de 69 %) et pour la chlamydia (réduction de 72 %), mais pas pour les infections à NG ou à MG, comparativement à la période précédant l’instauration de la doxy-PEP. Ces résultats concordent avec ceux d’essais randomisés et d’évaluations en conditions réelles menés dans des systèmes de santé intégrés et des cliniques spécialisées en ITS et en santé sexuelle, qui ont montré un effet protecteur important de la doxy-PEP contre l’acquisition de la chlamydia et de la syphilis, avec des effets plus modestes sur les infections à N. gonorrhoeae.
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