L’une des principales populations touchées par le virus de l’hépatite C (VHC) est celle regroupant les personnes utilisatrices de drogues par injection (PUDI). On estime que plus de 15,6 millions de personnes s’injectent des drogues dans le monde, dont 6,1 millions vivent avec le VHC. De plus, ce groupe fait face à de multiples obstacles pour accéder aux soins de santé, notamment la stigmatisation, la criminalisation et le manque de services de santé ciblés. Malgré les progrès réalisés dans le traitement du VHC, en particulier grâce au développement d’antiviraux à action directe (AAD) hautement efficaces, de nombreux PUDI restent non traités.
L’élimination de l’hépatite C en tant que problème de santé publique d’ici la fin de cette décennie nécessitera un effort concerté de la part de toutes les populations cibles, incluant les PUDI vivant en milieu urbain défavorisé. Plusieurs stratégies ont été envisagées afin de les rejoindre, de les engager et de leur fournir un traitement antiviral. Par exemple, à Vancouver, des cliniques communautaires éphémères ou CEC (« community pop-up clinics », en anglais) sont mises en place chaque semaine – par le Vancouver Infectious Diseases Centre (VIDC). Ces cliniques se tiennent dans divers lieux du centre-ville (maisons de chambres et refuges du Downtown Eastside de Vancouver, centres communautaires, sites de consommation supervisée, au Vancouver Urban Health Centre). À chaque séance, jusqu’à 30 personnes sont reçues et bénéficient d’un dépistage sur place pour l’infection par le VIH et le VHC, entre autres. Les personnes présentant une infection au VHC se voient proposer une prise en charge immédiate (par une équipe pluridisciplinaire) afin de répondre à leurs besoins médicaux, qu’elles puissent recevoir un soutien et un accompagnement en matière de santé mentale, de services sociaux et de besoins reliés à la dépendance – à savoir une formation aux pratiques plus sécuritaires, à l’utilisation de la naloxone, un accès au traitement par agonistes opioïdes ainsi qu’à un approvisionnement de drogues plus sécuritaire. Le dépistage est réalisé à l’aide du test rapide d’anticorps OraQuick® VHC et les participants reçoivent une carte-cadeau de 10 $ CAD après avoir effectué le test. Les participants dont le test s’est avéré positif bénéficient de consultations confidentielles. Un plan de prise en charge individualisé est élaboré au cours de la consultation, et les participants ont la possibilité de prendre un rendez-vous avec un médecin du VIDC dans la semaine suivante. De plus, ils reçoivent un bon-repas de 10 $ CAD.
Cette étude (Yi, S., & al., Journal of Viral Hepatitis, 2025) visait ainsi à évaluer l’efficacité d’une approche multidisciplinaire pour la prise en charge du traitement de l’hépatite C chez des PUDI dans les quartiers défavorisés (DETS entre autre) de la ville de Vancouver. Les auteurs ont analysé ici l’approche novatrice que sont les CEC, afin d’évaluer leur impact sur l’accès aux soins et l’adhésion au traitement de l’hépatite C, avec des analyses complémentaires portant sur la réinfection par le VHC et la mortalité liée aux opioïdes. Note : l’organisme CATIE a publié un article sur la même étude que vous pouvez parcourir en cliquant sur ce lien.
Résultats
De janvier 2021 à août 2023 (durée de 32 mois), 112 cliniques ont été offertes (séances) et selon les chercheurs, 1968 personnes ont été évaluées. Les informations démographiques ont été recueillies auprès de 1388 personnes ayant volontairement rempli le questionnaire. Près des deux tiers des participants étaient en situation de précarité résidentielle, et la moitié avaient récemment subi une surdose significative. En ce qui concerne l’utilisation de substances, les opioïdes représentant la majorité des substances de choix (79,7 %), suivis des amphétamines (63,9 %), de la cocaïne (48,5 %) et des benzodiazépines (22,8 %). Presque tous les participants pratiquaient la polyconsommation (usage de plusieurs substances sur une courte période).
Résultats : cascade de soins
- Parmi tous les patients, 620 (31,5 %) présentaient des anticorps anti-VHC.
- Parmi eux, 474 (76,5 %) étaient virémiques (qui présentaient un test positif à l’ARN-VHC).
- L’arrimage aux soins a été assuré dans 387 cas (sur les 474 cas, soit 81,6 %).
- Dans ce groupe, 326 personnes (84,2 %) ont initié un traitement. Le temps moyen écoulé séparant la visite à la clinique et l’initiation au traitement du VHC était de six semaines.
- Sur les 326 personnes traitées, 304 ont terminé leur traitement, 18 étaient encore sous traitement, trois l’ont interrompu prématurément en raison d’effets secondaires, et une personne est décédée d’une surdose pendant le traitement.
- Parmi les 304 patients ayant terminé le traitement, 286 ont été confirmés guéris (atteinte de la RVS12), 16 étaient en attente du statut RVS, deux ont échoué au traitement avec une rechute virologique documentée (dont 1 atteint de cirrhose), et une personne a été guérie puis réinfectée, soit un taux de 0,31/100 personnes-années. Selon l’analyse par mITT (analyse en intention de traiter modifiée), le taux de guérison a été de 286/288 (soit 99,3 %). Il a été documenté ici deux décès par surdose sur 326 personnes-années (PA).
Conclusion : les patients doivent être rejoints sur le terrain
Ces résultats démontrent qu’une approche centrée sur la communauté est nécessaire pour engager un grand nombre de PUDI dans le traitement par AAD, à savoir que, pour avoir des résultats, les organismes doivent rejoindre les patients sur le terrain, sur les lieux qu’ils fréquentent. Les données présentées ici valident des programmes multidisciplinaires tels que les CEC, visant à traiter le VHC dans les centres urbains défavorisés, et soulignent les bénéfices sociétaux potentiels, notamment une réduction des taux de décès par surdose.
Pour consulter l’article d’origine, cliquez sur ce lien.
Consulter l’article de CATIE se référant à la même étude.
XLG
