Une nouvelle formulation ultra-longue durée de cabotégravir (CAB-ULA) pourrait offrir une option de prophylaxie pré-exposition au VIH (PrEP) et de traitement contre le VIH pouvant être administrée une fois tous les quatre mois, selon les premiers résultats d’étude présentés lors de la 31e Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI 2024), qui s’est déroulée du 3 au 6 mars à Denver (Colorado, États-Unis) – voir le communiqué de ViiV Healthcare en cliquant ici. Pour rappel, le Cabenuva (développé par ViiV Healthcare) est un injectable à libération prolongée (ILP) qui associe le cabotégravir, un inhibiteur de transfert de brin de l’intégrase (ITBI) et la rilpivirine, un inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse (INNTI), et peut-être administré en suspension injectable une fois par mois ou tous les deux mois chez les adultes qui suivent un traitement contre le VIH efficace et qui présentent une suppression virologique stable (taux d’ARN du VIH-1 inférieur à 50 copies/mL) – voir la posologie. D’autre part, le traitement ILP composé de cabotégravir est aussi utilisé dans le cadre de la PrEP et se nomme Apretude® (développé par ViiV Healthcare), et peut être administré sous forme de suspension injectable d’abord chaque mois pendant deux mois (à savoir deux doses de charge), puis à chaque deux mois (injection bimestrielle).
Description de l’étude
Dans cette petite étude de phase I, la nouvelle formulation administrée par injection sous-cutanée (SC) ou intramusculaire (IM) a obtenu une exposition médicamenteuse (concentration sanguine) comparable mais a duré plus longtemps dans le corps que la formulation approuvée de cabotégravir administrée par injection IM tous les deux mois. Cette recherche constituerait un pas vers la distribution de traitements ILP et d’outils de prévention ILP contre le VIH qui pourraient potentiellement permettre aux personnes d’avoir au moins un délai de quatre mois entre les visites à la clinique. Han K., & al. ont en fait évalué la sécurité et la pharmacocinétique des différentes formulations de cabotégravir ainsi que leurs méthodes d’administration (IM et SC). Ils ont testé à la fois la version approuvée de 200 mg/ml de cabotégravir (CAB200) administrée avec de la hyaluronidase humaine recombinante PH20 (rHuPH20) – soit CAB200 + rHuPH20, à savoir une enzyme qui permet la distribution rapide d’une grande quantité de liquide par injection sous-cutanée, et une nouvelle formulation ultra-longue durée (CAB-ULA), mais sans rHuPH20. Cet essai ouvert (NCT05418868) a recruté un groupe de 70 adultes séronégatifs pour le VIH. Environ 60 % étaient des hommes, âgés de 40 ans en moyenne. Leur indice de masse corporelle moyen se situait dans la plage de surpoids. Dans la première partie de l’étude, 22 participants ont reçu diverses doses (800 mg/4 ml, 1600 mg/8 ml ou 3200 mg/16 ml) de CAB200 + rHuPH20. Dans une partie ultérieure, des doses uniques de CAB-ULA (800 mg/2 ml, 1200 mg/3 ml ou 1600 mg/3 ml), sans rHuPH20, ont été administrées soit par injection sous-cutanée dans l’abdomen (chez 16 participants), soit par injection intramusculaire (chez 32 participants) dans le fessier.
Demi-vie du CAB-ULA plus longue
Les personnes ayant reçu du CAB200 + rHuPH20, ont présenté une concentration plasmatique maximale du médicament et une aire sous la courbe (oncentration plasmatique du médicament en fonction du temps – biodisponibilité) plus élevées que celles du CAB200 IM sans rHuPH20, ce qui indique potentiellement une biodisponibilité accrue. La demi-vie était comparable, ce qui indique un taux d’absorption similaire. Cependant, les injections sous-cutanées de CAB200 + rHuPH20 n’ont pas été très bien tolérées. Les 22 participants ayant reçu cette formulation ont tous présenté des réactions au site d’injection, qui étaient plus graves à des doses plus élevées. Par ailleurs, en examinant CAB-ULA, la concentration plasmatique maximale de CAB-ULA administrée par injection SC était inférieure à celle de CAB-ULA IM, et les deux étaient inférieures à celle du CAB200 IM. Les profils pharmacocinétiques étaient plus plats, indiquant une absorption plus lente, selon l’auteur de l’étude. La demi-vie (temps nécessaire pour que, après l’administration d’un médicament, sa concentration plasmatique diminue de moitié) du CAB-ULA SC était plus longue que celle du CAB-ULA IM, et les deux étaient plus longues que celle du CAB200 IM. En effet, la demi-vie prédite du CAB-ULA IM était plus de deux fois plus élevée, et la demi-vie attendue du CAB-ULA SC était plus de six fois plus élevée, comparée au CAB200 IM. Voir les diapositives ci-dessous pour l’illustration de cet article.
Les simulations pharmacocinétiques ont permis aux chercheurs de prédire qu’une dose IM de CAB-ULA de 1600 mg/3mL administrée tous les quatre mois ou plus pourrait potentiellement atteindre un niveau d’exposition médicamenteuse similaire à celui de la dose IM approuvée de 600 mg/3 mL de CAB200, qui est administrée tous les deux mois.
Consulter le communiqué de ViiV Healthcare.
Accéder au résumé de la présentation (CROI 2024).


