La pandémie de COVID-19 a perturbé les progrès réalisés pour atteindre les objectifs mondiaux d’élimination du virus de l’hépatite C (VHC), et ce, en interrompant des services de santé essentiels au Canada et dans le monde entier. En Ontario, l’état d’urgence a été déclaré le 17 mars 2020, entraînant la mise en place de politiques visant à réduire la transmission du virus. Les mesures de santé publique comprenaient la suspension des services de santé non essentiels, ce qui a eu un impact sur l’accès aux soins de santé de routine et spécialisés. Dans le cadre de sa réponse de santé publique, l’Ontario a instauré un ordre de confinement à domicile, ce qui a probablement contribué à la réduction de l’accès aux services de santé, y compris au dépistage du VHC.
Les auteurs de cette étude (Sahakyan, Y., & al., Viruses, 2025) ont cherché à évaluer l’effet de cette pandémie (des mesures de santé publique) sur les taux de dépistage du VHC dans une analyse de cohorte basée sur la population, à partir des données administratives de santé de l’Ontario. Tous les résidents ayant un historique de test d’anticorps anti-VHC ou d’acide ribonucléique du VHC (ARN-VHC) – se référant aux périodes pré-pandémique et pandémique (à savoir 2015-2020 et 2020-2022 respectivement), ont été inclus. Les données concernant les tests anti-VHC et d’ARN-VHC ont été obtenues à partir du Système d’information de laboratoire de l’Ontario (Ontario Laboratories Information System, OLIS). Les auteurs ont analysé les données de l’OLIS à partir de 2015 et ont pris en compte les populations prioritaires présentant un risque accru d’infection par le VHC, à savoir : les personnes en situation d’itinérance, les immigrants et nouveaux arrivants, les personnes vivant avec le VIH (PVVIH), ainsi que les personnes utilisatrices de drogues par injection (PUDI).
Le critère d’évaluation principal était défini comme le taux mensuel d’individus testés pour le VHC (tests d’anticorps ou d’ARN) calculé pour 1000 personnes de la population ontarienne. Les critères d’évaluation secondaires correspondaient aux taux mensuels d’individus ayant subi un test anti-VHC et ceux ayant subi un test d’ARN-VHC, mais analysés séparément. Les taux mensuels de dépistage ont été comparés entre la période pré-pandémique (01/01/2015–29/02/2020) et la période pandémique (01/03/2020–31/12/2022), à l’aide d’analyses de séries temporelles interrompues, stratifiées selon le sexe, la situation d’itinérance, le statut sérologique vis-à-vis du VIH, le statut migratoire et l’utilisation de drogues par injection (UDI).
Résultats
L’analyse principale a pu mettre en évidence une perturbation profonde et prolongée des taux globaux de dépistage du VHC, lesquels étaient en augmentation avant la pandémie, puis ont chuté brutalement, et sont ensuite demeurés inférieurs aux niveaux attendus tout au long du suivi effectué sur trois ans. Le nombre médian mensuel global de personnes ayant bénéficié d’un test de dépistage du VHC était de 55 356 pendant la période pré-pandémique, et de 51 857 pendant la période pandémique. Le nombre médian mensuel de tests anti-VHC était de 53 421 et 50 760, et celui des tests d’ARN de 2473 et 1634 pour les périodes pré-pandémique et pandémique, respectivement.
Le taux de dépistage du VHC (voir figure ci-bas) a présenté une tendance à la hausse statistiquement significative durant la période pré-pandémique. Au début de la pandémie de COVID-19, le taux de dépistage du VHC a chuté de manière drastique, avec 1,38 personne de moins pour 1000 individus initiant un dépistage chaque mois. Après le début de la période pandémique liée à la COVID-19, la tendance à la hausse du taux de dépistage a repris, sans différence significative entre les pentes des taux de dépistage observées avant et pendant la pandémie. Toutefois, le taux de dépistage est demeuré systématiquement inférieur aux estimations contrefactuelles projetées tout au long de la période 2020–2022. Comparativement aux estimations contrefactuelles, le nombre mensuel observé de personnes dépistées pour 1000 habitants était inférieur de 1,41 en 2020 (mai–décembre), de 1,17 en 2021, et de 1,41 en 2022, correspondant à des réductions relatives de 47 %, 34 % et 41 %, respectivement.
En analysant séparément les deux types de dépistages (anti-VHC et ARN-VHC), le taux de dépistage des anticorps anti-VHC reflétait la tendance générale (voir ci-dessus), les tests d’anticorps représentant la majorité de l’ensemble des tests du VHC, lesquels incluaient à la fois les tests d’anticorps et les tests d’ARN.
Quant aux taux de tests d’ARN-VHC, ceux-ci sont demeurés stables avant la pandémie, sans tendance à la hausse, puis ont diminué pendant la pandémie et se sont maintenus par la suite à un niveau constamment inférieur. Comparativement aux estimations contrefactuelles, la diminution relative du nombre mensuel de personnes ayant bénéficié d’un test d’ARN pour 1000 individus était de 41 % en 2020, de 40 % en 2021, et de 47 % en 2022. En effet, selon le graphique montrant et décrivant les taux mensuels observés d’individus pour 1000 ayant subi un test d’ARN-VHC au cours des périodes pré-pandémique et pandémique, ainsi que la tendance contrefactuelle projetée pour la période pré-pandémique, la forte diminution des tests observée au début de l’année 2020 coïncide avec le début de la pandémie de COVID-19 et la déclaration de l’état d’urgence provincial, survenue en mars 2020 en Ontario.
Les taux de dépistage sont demeurés inférieurs aux niveaux attendus dans l’ensemble des sous-groupes entre 2020 et 2022, les diminutions absolues les plus marquées étant observées chez les personnes coinfectées par le VIH (PVVIH), les personnes en situation d’itinérance et les PUDI. En effet, entre 2020 et 2022, le nombre de personnes testées pour 1000 habitants était inférieur de 8,0 à 10,3 chez les PVVIH, de 4,0 à 4,8 chez celles en situation d’itinérance, et de 2,6 à 3,2 chez les PUDI.
Conclusions de l’étude
Cette étude a examiné l’impact de la pandémie et des mesures de contrôle associées sur les taux de dépistage du VHC en Ontario, en particulier au sein des populations prioritaires. Les résultats suggèrent que les parcours de dépistage initial et de confirmation ont tous les deux été affectés. Les taux de dépistage anti-VHC augmentaient avant la pandémie, mais ont fortement diminué à son début. Bien que ces taux aient repris une tendance à la hausse par la suite, ils sont demeurés systématiquement inférieurs aux niveaux attendus jusqu’en 2022. Les tendances des tests d’ARN étaient stables, voire en déclin, dans la plupart des sous-groupes avant la pandémie, ont chuté davantage pendant celle-ci et sont demeurées à un niveau inférieur par la suite. L’impact disproportionné observé parmi les populations prioritaires est particulièrement préoccupant. Alors que les populations plus jeunes et les personnes immigrantes ont montré une certaine reprise, les adultes plus âgés, les personnes en situation d’itinérance, les PUDI et les PVVIH n’ont pas présenté de reprise comparable. Des interventions ciblées et axées sur l’équité sont nécessaires pour combler ces lacunes persistantes dans le dépistage du VHC, faute de quoi les progrès du Canada vers ses objectifs d’élimination à l’horizon 2030 restent menacés, selon les auteurs.
Pour accéder à l’article d’origine, cliquer sur ce lien.
XLG

Crédit : figure extraite directement de l’article (Sahakyan, Y., & al., Viruses, 2025)
