Les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) présentent souvent une diminution du nombre de cellules T CD4+ et un ratio CD4/CD8 altéré, mais l’impact de ces indicateurs sur les fractures de fragilité (osseuse) reste peu étudié. Cette étude (Liu, B., Zhang, Q., AIDS, 2025) a de fait examiné l’association entre le compte de cellules CD4+, le ratio CD4/CD8 et les fractures de fragilité chez des PVVIH en Chine.
Cette étude de cohorte rétrospective a été menée chez des PVVIH prises en charge à l’hôpital Ditan de Pékin, et ce, entre janvier 2011 et septembre 2023. Les données démographiques, cliniques et de densité minérale osseuse ont été recueillies. Les fractures de fragilité ont été identifiées à partir des dossiers médicaux. Une régression de Cox multivariée a été utilisée entre autres pour évaluer la relation entre le nombre de cellules CD4+, le ratio CD4/CD8 et les risques de fracture.
Résultats détaillés de l’étude
L’étude a inclus 1107 PVVIH (âge médian de 37 ans, 92,6 % d’hommes). Au cours d’un suivi médian de six ans, 185 participants (soit 16,7 %) ont présenté des fractures de fragilité, pour un total de 230 localisations fracturaires enregistrées, ce qui indique que certains participants avaient subi plusieurs fractures – soit un taux d’incidence de 33,4 pour 1000 personnes-années. Les fractures ont été réparties comme suit : au poignet (63 cas, 34,1 %), à la hanche (54 cas, 29,2 %), à la colonne vertébrale (38 cas, 20,5 %), à l’épaule (20 cas, 10,8 %) et à d’autres localisations (10 cas, 5,4 %). Le nombre moyen de cellules CD4+ était de 547 cellules/μl, et le ratio CD4/CD8 médian était de 0,7.
Les patients ayant présenté des fractures étaient plus âgés (âge médian : 39 ans vs. 37 ans, p < 0,01) et présentaient des taux plus élevés de tabagisme (34,6 % vs. 17,7 %, p < 0,001), de diabète (22,7 % vs. 16,4 %, p = 0,05), de co-infection VHB/VHC (16,8 % vs. 9,7 %, p < 0,01), d’antécédents de chute (53,5 % vs. 16,1 %, p < 0,001), d’utilisation de corticostéroïdes (14,6 % vs. 9,3 %, p = 0,04) et présentaient également une proportion plus élevée d’utilisation de fumarate de ténofovir disoproxil TDF (94,1 % vs. 80,7 %, p < 0,001). Par ailleurs, la charge virale médiane (transformée en log) était plus élevée dans le groupe présentant des fractures (3,25 ± 1,48 vs. 3,19 ± 1,51, p < 0,001). Le nombre de cellules CD4+ (cellules/μl) était de 361 dans le groupe avec fractures contre 612,5 dans le groupe sans fractures (p < 0,001). De même, le nombre de cellules CD8+ (cellules/μl) était plus faible dans le groupe présentant des fractures : 670 vs. 843 (p < 0,001). Le ratio CD4/CD8 était également réduit avec 0,51 vs 0,745 (p < 0,001), respectivement.
La fonction rénale différait significativement entre les deux groupes. Les patients ayant présenté des fractures affichaient une prévalence plus élevée de maladie rénale chronique (20,5 % vs. 14,4 %, p = 0,047), des niveaux de créatinine plus faibles (68,3 vs. 77,3 μmol/l, p < 0,001) et un DFG estimé (débit de filtration glomérulaire estimé ou eGFR) réduit (103,4 vs. 108,0 ml/min/1,73 m², p < 0,01).
Facteurs associés à une probabilité plus élevée de fractures
Selon les analyses réalisées (courbe de Kaplan–Meier et test de log-rank), voici les facteurs qui ont été associés à une probabilité accrue de fractures :
- Le statut tabagique. Les fumeurs actuels et anciens présentaient une probabilité plus élevée de fractures (p < 0,001).
- L’hypertension (p = 0,004).
- Les antécédents de chute (p < 0,001).
- L’utilisation de TDF et d’inhibiteurs de protéase – des différences significatives ont été observées selon les niveaux de charge virale du VIH (p < 0,001).
- L’ostéoporose (p < 0,001).
- Des taux plus faibles d’hémoglobine (p < 0,001), d’albumine (p < 0,001) et de phosphore (p = 0,029).
- Une carence en vitamine D (p < 0,001).
- La densité minérale osseuse (DMO) constituait un prédicteur déterminant : des valeurs plus faibles de DMO au niveau de la colonne lombaire, du col fémoral gauche et de la hanche gauche étaient significativement associées à une augmentation du risque de fracture (p < 0,001 pour toutes les localisations).
Association compte de cellules CD4+, ratio CD4/CD8 et risques de fractures
Des taux plus faibles de cellules CD4+ étaient significativement associés à une augmentation du risque de fracture. Lorsque les CD4+ étaient catégorisés (> 350, 200–350 et < 200 cellules/μl), le risque de fracture augmentait avec la diminution du taux de CD4+. Dans le modèle 3 de l’analyse, les patients ayant un taux de CD4+ compris entre 200 et 350 cellules/μl présentaient un HR (hazard ratio) de 1,662, tandis que ceux avec un taux inférieur à 200 cellules/μl avaient un HR de 2,781.
Un ratio CD4/CD8 plus faible était associé à un risque accru de fracture. Lorsqu’il était catégorisé, un ratio CD4/CD8 compris entre 0,5 et 1 était associé à un risque de fracture plus élevé, en comparaison avec un ratio > 1 (HR = 1,669). De même, les participants avec un ratio < 0,5 présentaient un risque de fracture plus élevé dans le modèle non ajusté (HR = 3,283) et dans le modèle 1 (HR = 3,428).
Selon les auteurs, l’association entre le nombre de cellules CD4+ et le risque de fractures de fragilité suit une tendance principalement linéaire. Il a été observé par ailleurs une relation non linéaire (curvilinéaire) entre le ratio CD4/CD8 et la probabilité de fractures de fragilité. Les données suggèrent en effet que le maintien d’un ratio CD4/CD8 supérieur à 1,16 est crucial, car le risque de fractures de fragilité augmente rapidement lorsque ce ratio passe en dessous de ce seuil.
Discussion/Conclusion
Cette étude a réussi à mettre en évidence une association significative entre des taux plus faibles de cellules CD4+, des ratios CD4/CD8 plus bas et un risque accru de fractures de fragilité chez les PVVIH. Plus précisément, les patients ayant un taux de CD4+ < 200 cell./μl présentaient des risques de fractures plus de deux fois supérieur à celui des patients avec des taux de CD4+ plus élevés. De plus, un ratio CD4/CD8 inférieur à 0,5 était associé à un risque encore plus élevé de fractures de fragilité. Ces résultats soulignent l’importance de la fonction immunitaire, reflétée par les marqueurs liés aux CD4, dans le maintien de la santé osseuse chez les personnes vivant avec le VIH.
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