Les adultes vivant avec le VIH, en particulier les adultes âgés de 50 ans et plus, sont confrontés à des défis de santé spécifiques en raison d’une prévalence plus élevée de comorbidités et de polymédication, ce qui peut affecter l’observance thérapeutique et accroître le risque d’événements indésirables (ÉI). Les chercheurs ont évalué ici (Kityo, C. M., & al., BMC Infectious Diseases, 2025) l’efficacité et la tolérance de l’association combinant bictégravir/emtricitabine/ténofovir alafénamide (BIC/FTC/TAF ou B/F/TAF) chez des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) âgées de ≥ 50 ans, tant dans des cohortes de patients naïfs au traitement que dans des cohortes de patients sous suppression virologique, au cours d’un suivi effectué sur le long terme.
Méthodes
Cette analyse a inclus des participants âgés de ≥ 50 ans et de < 50 ans issus de six essais de phase III évaluant le B/F/TAF – à savoir deux études menées chez des patients naïfs au traitement et quatre études conduites chez des patients qui étaient sous suppression virologique avant le changement vers le B/F/TAF. Les critères de jugement ont été évalués jusqu’à la semaine 240 (S240) pour la cohorte de patients naïfs au traitement et jusqu’à la S48 pour la cohorte de patients présentant une suppression virologique. Les principaux paramètres mesurés comprenaient : les résultats virologiques (ARN-VIH-1 < 50 ou ≥ 50 copies/mL), l’évolution du taux de lymphocytes T CD4, l’observance thérapeutique, les paramètres métaboliques et rénaux, les événements indésirables (ÉI) apparus sous traitement, ainsi que l’apparition d’un diabète ou d’une hypertension liés au traitement.
Résultats – Suppression virologique
- La cohorte de patients naïfs au traitement comprenait 96 participants âgés de ≥ 50 ans et 538 participants âgés de < 50 ans. À S240, 98,5 % de ceux âgés de ≥ 50 ans et 98,6 % des participants âgés de < 50 ans ont atteint la suppression virologique.
- La cohorte de patients sous suppression virologique incluait 450 participants âgés de ≥ 50 ans et 640 participants âgés de < 50 ans. À S48, 93,6 % des participants ont maintenu leur suppression virologique dans les deux groupes d’âge (≥ 50 et < 50 ans), et l’échec virologique était de 0,9 % vs. 1,4 % chez les participants âgés de ≥ 50 ans vs. < 50 ans, respectivement.
Dans l’ensemble des groupes d’âge, les cohortes de patients naïfs au traitement et de patients sous suppression virologique ont présenté des résultats comparables au-delà de la charge virale, jusqu’à S240 et S48 respectivement, incluant : l’évolution du taux de lymphocytes T CD4, des taux d’observance ≥ 95 %, le poids corporel, les profils lipidiques, la fonction rénale, la santé osseuse, les événements indésirables apparus sous traitement, ainsi que l’incidence d’un diabète et d’une hypertension liés au traitement.
Résultats – Compte de lymphocytes T CD4
- À S240, dans la cohorte de patients naïfs au traitement, le compte de lymphocytes T CD4 a continué d’augmenter par rapport à la valeur initiale (valeur de base) dans les deux groupes d’âge (variation moyenne et par rapport à l’inclusion : de + 291 pour les participants âgés de ≥ 50 ans et de + 347 pour ceux âgés de < 50 ans).
- À S48, dans la cohorte de patients présentant une suppression virologique, le compte de lymphocytes T CD4 a également augmenté par rapport à l’inclusion chez les participants âgés de ≥ 50 ans et ceux âgés de < 50 ans (variation moyenne de +18 et +4 cellules/µL, respectivement), indiquant qu’il n’existait pas de différence statistiquement significative entre les deux groupes d’âge.
Résultats – Observance thérapeutique
- Dans la cohorte de patients naïfs au traitement, le taux d’observance médian était élevé dans les deux groupes d’âge, avec une observance médiane de 98,2 % chez les participants âgés de ≥ 50 ans et de 97 % chez ceux âgés de < 50 ans. Une proportion plus élevée de participants âgés de ≥ 50 ans a atteint un taux d’observance ≥ 95 % par rapport à ceux âgés de < 50 ans (82,8 % vs 66,3 % respectivement).
- Dans la cohorte de patients présentant une suppression virologique, le taux d’observance médian était également élevé dans les deux groupes d’âge à S48, avec une observance médiane de 98,8 % chez les participants âgés de ≥ 50 ans et de 98,8 % chez ceux âgés de < 50 ans.
Résultats – Poids corporel
- Dans la cohorte de patients naïfs au traitement, aucune différence significative globale dans l’évolution pondérale n’a été observée à S240, entre les participants âgés de ≥ 50 ans et ceux âgés de < 50 ans. La prise de poids médiane était de 4,8 Kg chez les participants âgés de ≥ 50 ans et de 6,4 Kg chez ceux âgés de < 50 ans.
- À S48, dans la cohorte sous suppression virologique, la variation du poids corporel était minime (sans variation significative), avec une prise de poids médiane de 1,5 Kg chez les participants âgés de ≥ 50 ans et de 1,8 Kg chez ceux âgés de < 50 ans.
Résultats – Débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe)
La variation du débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe ou eGFR) par rapport à la valeur initiale était similaire entre les groupes d’âge, tant dans la cohorte naïve au traitement que dans la cohorte sous suppression virologique (pas de différence significative) :
- à S240, dans la cohorte naïve au traitement, la variation médiane du DFGe par rapport à l’inclusion était de −10,5 mL/min chez les participants âgés de ≥ 50 ans et de −7,7 mL/min chez ceux de < 50 ans ;
- à S48, dans la cohorte sous suppression virologique, la variation médiane du DFGe était de −0,9 mL/min chez les participants âgés de ≥ 50 ans et de −1,0 mL/min chez ceux âgés de < 50 ans.
Résultats – Paramètres lipidiques
La variation par rapport à la valeur initiale des paramètres lipidiques à jeun, et en particulier du rapport CT/HDL (taux de cholestérol total / taux de cholestérol HDL, High-Density Lipoprotein), a été évaluée dans les deux groupes d’âge :
- à S240, dans la cohorte naïve au traitement, la variation médiane du rapport CT/HDL par rapport à l’inclusion était de −0,3 chez les participants âgés de ≥ 50 ans et de 0,1 chez ceux âgés de < 50 ans ;
- à S48, dans la cohorte sous suppression virologique, la variation du rapport CT/HDL était minime, avec une variation médiane de −0,1 chez les participants âgés de ≥ 50 ans et de 0,0 chez ceux de < 50 ans. De plus, la proportion de participants ayant initié un traitement hypolipémiant au cours de l’étude était plus élevée chez les ≥ 50 ans que chez les < 50 ans (5,3 % vs 0,8 %).
Résultats – Densité minérale osseuse (DMO)
La variation de la densité minérale osseuse (DMO) par rapport à la valeur initiale était minime et similaire entre les groupes d’âge dans les deux cohortes – aucune différence significative n’a été observée :
- à S240, dans la cohorte naïve au traitement, la variation moyenne en pourcentage de la DMO de la hanche était de 0,3 % chez les participants âgés de ≥ 50 ans et de −0,4 % chez ceux de < 50 ans, tandis que la variation moyenne en pourcentage de la DMO de la colonne lombaire était respectivement de 1,3 % et de − 0,9 % ;
- à S48, dans la cohorte sous suppression virologique, la variation moyenne en pourcentage de la DMO de la hanche était de 0,2 % chez les ≥ 50 ans et de 0,1 % chez les < 50 ans ; la variation moyenne en pourcentage de la DMO de la colonne lombaire était de + 0,5 % et + 0,8 %, respectivement.
Résultats – Événements indésirables émergents (ÉIET)
- Dans la cohorte naïve au traitement, des événements indésirables émergents sous traitement (ÉIET) ont été rapportés chez 93,8 % des participants âgés de ≥ 50 ans et chez 95,5 % de ceux de < 50 ans, avec des ÉIET reliés plus spécifiquement aux comprimés concernant respectivement 26,0 % et 28,4 % des participants. L’arrêt du traitement en raison de ÉIET est survenu chez 4,2 % et 1,1 % des participants dans les groupes ≥ 50 ans et < 50 ans, respectivement, avec 6 décès (6,3 %) parmi les ≥ 50 ans et 2 décès (0,4 %) parmi les < 50 ans.
- Dans la cohorte sous suppression virologique, des ÉIET ont été observés chez 78,7 % des participants âgés de ≥ 50 ans et chez 77,2 % de ceux de < 50 ans, les ÉIET liés spécifiquement au traitement de l’étude concernant respectivement 12,9 % et 12,5 % des participants. L’arrêt du traitement en raison de ÉIET est survenu chez 1,8 % des participants ≥ 50 ans et 0,9 % de ceux de < 50 ans, avec 2 décès rapportés dans chaque groupe d’âge (0,4 % et 0,3 %, respectivement).
Conclusion
Cette analyse a démontré que le B/F/TAF offrait une efficacité durable et un profil de tolérance favorable chez les PVVIH âgées de 50 ans et plus, en faisant une option appropriée pour un traitement à long terme dans cette population croissante. Des taux élevés de suppression virologique ont été maintenus tant dans la cohorte de patients naïfs au traitement que dans la cohorte de patients déjà contrôlés virologiquement, sans différence significative entre les participants plus âgés et plus jeunes. Ces résultats soulignent la capacité du B/F/TAF à assurer un contrôle virologique durable tout en répondant aux besoins thérapeutiques spécifiques des personnes âgées vivant avec le VIH.
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