L’hépatite B chronique (HBC) touche environ 254 millions de personnes à travers le monde. Il faut savoir que la prévalence de l’HBC au Canada était de 262 000 personnes, à la fin de 2021.
En 2015, l’OMS a publié ses premières lignes directrices pour la prise en charge de l’hépatite B chronique (HBC). Dans ces recommandations, un traitement antiviral (TAV) était recommandé pour deux groupes prioritaires : (1) les personnes présentant une cirrhose sur la base de critères cliniques ou un score de l’indice APRI supérieur à 2, (2) ainsi que les personnes sans cirrhose mais ayant des concentrations de l’ADN du VHB (ADN-VHB) > 20 000 UI/mL et des concentrations d’ALAT durablement élevées (> LSN – limite supérieure de la norme). Le TAV était recommandé d’être différé (retardé) chez les personnes sans cirrhose, présentant des concentrations d’ALAT durablement normales et des concentrations d’ADN-VHB < 2 000 UI/mL. Au cours de la dernière décennie, les critères d’éligibilité au traitement dans les principales recommandations des sociétés savantes ont évolué, certaines mises à jour récentes recommandant désormais, dans des conditions spécifiques, l’instauration d’un traitement à un seuil plus bas d’ADN-VHB (à savoir > 2 000 UI/mL).
Afin d’éclairer les recommandations 2024 de l’OMS et l’éventuelle extension des seuils d’éligibilité au traitement, il est essentiel de mieux comprendre comment les taux d’incidence du carcinome hépatocellulaire (CHC), de la cirrhose et de la mortalité liée au foie varient chez les personnes atteintes d’HBC non traitée en fonction, séparément, des concentrations initiales d’ADN-VHB et d’ALAT, ainsi que la manière dont les concentrations initiales d’ALAT influencent ces paramètres au sein de strates spécifiques d’ADN-VHB. Dans cette présente analyse (Yucuma, D., & al., The Lancet Gastroenterology and Hepatology, 2026), les auteurs ont évalué l’incidence des paramètres cliniques chez des adultes non traités atteints d’HBC non cirrhotique, stratifiés selon les concentrations initiales d’ADN-VHB et d’ALAT.
Méthodes
C’est une revue systématique et une méta-analyse des études publiées entre 2000 et 2023. Les études incluses assuraient le suivi d’adultes (≥ 18 ans) atteints d’HBC non cirrhotique, sans antécédent de TAV à l’inclusion, disposant d’une quantification initiale de l’ADN-VHB et d’une mesure des ALAT, avec une durée de suivi d’au moins 48 semaines, et évaluant un ou plusieurs des six principaux critères cliniques de jugement – CHC, cirrhose, mortalité liée au foie, mortalité toutes causes confondues, décompensation hépatique et indication de transplantation hépatique, ou six critères supplémentaires – fibrose hépatique avancée, progression de la fibrose hépatique, éligibilité ultérieure à un TAV, poussée d’hépatite, et séroclairance de l’HBsAg (antigène de surface) et de l’HBeAg (antigène « e » de l’hépatite B). Les critères de jugement devaient être stratifiés selon les concentrations :
- d’ADN-VHB, à savoir : < 200 UI/mL, < 2000 UI/mL, 2000–19 999 UI/mL, 20 000–199 999 UI/mL et ≥ 200 000 UI/mL)
- d’ALAT, à savoir : > LSN, 1–1,9 × LSN et ≥ 2 × LSN.
Résultats
Parmi les 13 231 études examinées, 71 répondaient aux critères d’inclusion.
Une relation concentration–réponse a été observée entre une mesure unique initiale de l’ADN-VHB et les taux d’incidence du CHC. Les taux d’incidence du CHC pour 100 personnes-années (PA) étaient de :
- 0,131 pour des concentrations d’ADN-VHB < 200 UI/mL,
- 0,176 pour < 2000 UI/mL,
- 0,311 pour 2000–19 999 UI/mL,
- 0,862 pour 20 000–199 999 UI/mL,
- 0,941 pour ≥ 200 000 UI/mL.
Des profils concentration–réponse similaires ont été observés pour le développement de la cirrhose :
- 0,298 pour < 200 UI/mL ;
- 0,300 pour < 2000 UI/mL ;
- 0,712 pour 2000–19 999 UI/mL ;
- 1,436 pour 20 000–199 999 UI/mL ;
- 2,193 pour ≥ 200 000 UI/mL.
De même que pour la mortalité liée au foie – 0,086 ; 0,083 ; 0,303 ; 0,766 et 1,118. En revanche, aucune relation concentration–réponse n’a été observée entre une mesure unique initiale de l’ADN-VHB et la mortalité toutes causes confondues ou la décompensation hépatique.
Globalement, les personnes ayant des concentrations initiales de LSN < ALAT < 1,9 x LSN présentaient un risque trois fois plus élevé de développer un CHC et un risque huit fois plus élevé de développer une cirrhose comparativement à celles dont les concentrations d’ALAT < LSN. En effet :
- Parmi les 29 estimations reposant sur une seule mesure initiale d’ALAT, les taux d’incidence regroupés du CHC pour 100 PA étaient de 0,272, pour des concentrations d’ALAT < LSN, de 0,945 pour des concentrations comprises entre 1-1,9 × LSN, et de 0,833 pour des concentrations ≥ 2 × LSN.
- Les taux d’incidence de la cirrhose pour 100 PA, dérivés de sept estimations, étaient de 0,281 pour des mesures uniques de concentrations d’ALAT < LSN, de 2,139 pour des concentrations comprises entre 1-1,9 × LSN, et de 2,300 pour des concentrations ≥ 2 × LSN.
- Les taux d’incidence de la mortalité reliée au foie pour 100 PA, issus de six estimations, étaient de 0,029 pour des mesures uniques de concentrations d’ALAT < LSN, de 1,198 pour des concentrations comprises entre 1-1,9 × LSN, et de 0,683 pour des concentrations ≥ 2 LSN.
Au sein du sous-groupe présentant une charge d’ADN-VHB < 2000 UI/mL, les taux d’incidence du CHC pour 100 PA étaient environ trois fois plus élevés dans la catégorie d’ALAT comprise entre 1-1,9 × LSN (0,456) et environ cinq fois plus élevés dans la catégorie d’ALAT ≥ 2 × LSN (0,650), comparativement à la catégorie d’ALAT < LSN (0,132). De manière similaire, au sein des sous-groupes présentant des charges d’ADN-VHB comprises entre 2 000–19 999 UI/mL et ≥ 200 000 UI/mL, les taux d’incidence du CHC étaient deux à trois fois plus élevés dans le sous-groupe ALAT 1–1,9 × LSN comparativement au sous-groupe ALAT < LSN, à savoir :
- 0,643 versus 0,272, dans le sous-groupe 2 000–19 999 UI/mL,
- 1,328 versus 0,563 dans le sous-groupe ≥ 200 000 UI/mL, respectivement.
Les personnes présentant des concentrations durablement faibles d’ADN-VHB (< 2000 UI/mL) ou des concentrations d’ALAT durablement normales lors de mesures répétées présentaient des taux d’incidence du CHC légèrement inférieurs à ceux observés après une évaluation unique.
Conclusion de l’étude
Principaux résultats qui se dégagent de cette analyse :
- Premièrement, la stratification sur la base d’une seule mesure initiale d’ADN-VHB montre des taux d’incidence systématiquement faibles des principaux événements cliniques (CHC, cirrhose et mortalité liée au foie) dans les strates de faible charge virale (<200 UI/mL et <2000 UI/mL), avec une augmentation progressive des taux d’incidence à partir de la strate 2000–19 999 UI/mL, puis une hausse plus marquée aux concentrations plus élevées d’ADN-VHB.
- Deuxièmement, la stratification selon une seule mesure initiale d’ALAT montre des taux d’incidence nettement plus faibles dans la strate < LSN, comparativement aux strates 1–1,9 × LSN et ≥ 2 × LSN, ces deux dernières présentant des taux globalement similaires.
- Troisièmement, la stratification croisée des concentrations d’ADN-VHB et d’ALAT met en évidence une très faible incidence du CHC (0,132 pour 100 PA) dans la strate associant une charge virale < 2000 UI/mL et des concentrations d’ALAT < LSN.
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