L’utilisation de la doxycycline en postexposition pour la prévention des ITS bactériennes (infections bactériennes transmissibles sexuellement), ou appelée prophylaxie postexposition à la doxycycline (doxy PPE ou doxy PEP) est un outil très efficace pour prévenir les ITS bactériennes, chez les hommes gais, bisexuels et autres hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (gbHARSAH) ainsi que les femmes transgenres – particulièrement en ce qui concerne la syphilis et la chlamydia. La prophylaxie préexposition à la doxycycline (doxy PrEP) a quant à elle démontré certains résultats prometteurs, même si les études passées et actuelles qui les concernent portent plus sur de petits nombres de patients, et pourrait alors représenter une autre option pour la prévention des ITS bactériennes justement. Das cet optique, deux études, portant là aussi sur un nombre restreint de personnes (HARSAH vivant avec le VIH et travailleuses du sexe ou TDS), ont été présentées à l’occasion du congrès AIDS 2024, qui s’est déroulé à Munich (Allemagne), du 22 au 26 juillet derniers.
Étude conduite au Canada (chez des HARSAH vivant avec le VIH)
Dans ce premier essai clinique, les chercheurs (Grennan, T., & al., AIDS 2024) ont étudié l’effet de la doxy PrEP chez une petite population d’HARSAH vivant avec le VIH.
Il s’agit en fait d’une étude pilote conduite en double aveugle qui a été réalisée dans les villes de Toronto et Vancouver, pour laquelle des HARSAH vivant avec le VIH et ayant eu des antécédents de syphilis, ont été randomisés en proportion 1:1 pour recevoir, d’une part (pour le groupe doxycycline) un régime de 48 semaines de doxycycline 100 mg à prendre par voie orale, de façon quotidienne, et d’autre part (pour l’autre groupe) un placebo. Les participants ont été suivis trimestriellement et soumis à des tests de dépistages d’ITS (sérologie de la syphilis, tests d’amplification des acides nucléiques ou TAAN pour la gonorrhée/chlamydia avec prélèvements effectués au niveau urinaire, rectal et pharyngé), à des questionnaires sur l’observance et le comportement sexuel, ainsi qu’à des évaluations portant sur les événements indésirables (ÉI). Des écouvillons nasaux ont été collectés afin d’évaluer l’émergence de la résistance à la doxycycline chez les porteurs de Staphylococcus aureus.
Selon les résultats, durant la période comprise entre janvier 2020 et janvier 2023, 52 HARSAH ont été recrutés, âgés de 43 ans en moyenne. Parmi eux, 41 participants (soit 78,8 %) ont complété et terminé le protocole d’étude. Les chercheurs ont observé une réduction de 79 %, 92 % et 68 % des cas de syphilis, chlamydia et gonorrhée, respectivement, chez les participants du groupe doxycycline, en comparaison avec ceux du groupe placebo. À aucun moment de l’étude ont été observées des différences entre les groupes en termes d’observance du traitement (comptage des comprimés) ou de comportements sexuels (nombre de partenaires, rapports sexuels sans préservatif). La plupart des ÉI (78,4 %) étaient légers, et la proportion des ÉI liés au médicament de l’étude ne différait pas entre les groupes. Il y a eu un seul arrêt du traitement lié au médicament (aggravation du reflux gastro-œsophagien) et un ÉI grave (rectite liée à une aggravation de la mpox ; inattendu et sans rapport avec le médicament), tous deux observés dans le groupe doxycycline. Une nouvelle résistance à la doxycycline s’est développée dans 3/19 et 2/19 (p=0,57) des isolats de S. aureus entre le départ de l’étude et la semaine 48 dans les groupes doxycycline et placebo, respectivement – à savoir que cette bactérie a développé une résistance à cet antibiotique.
En conclusion, la doxy PrEP a significativement réduit les taux de syphilis, de chlamydia et de gonorrhée chez les personnes du groupe doxycycline, par rapport aux personnes du groupe placebo, et a bien été tolérée chez les HARSAH vivant avec le VIH. Ces résultats préliminaires viennent encourager une étude allant vers une évaluation plus approfondie de la doxy PrEP par rapport à la doxy PEP, et ce, dans un essai de plus grande envergure.
Étude conduite au Japon (chez des TDS)
Dans cette deuxième petite étude, les chercheurs (Abe, S., & al., AIDS 2024) ont étudié ici l’impact de la doxy PrEP sur la réduction des ITS bactériennes et son effet sur le microbiome vaginal chez les travailleuses du sexe (TDS).
La doxycycline quotidienne (à raison de 100 mg par jour) a été initiée en octobre 2022 chez des patientes d’une clinique privée pour ITS à Tokyo (Japon), à la suite d’une prise de décision partagée. Cette analyse comprenait une étude de cohorte rétrospective et une enquête. Les ITS bactériennes ciblées dans cette analyse incluaient Chlamydia trachomatis, Neisseria gonorrhoeae et la syphilis. La pratique clinique de routine impliquait un examen microscopique des frottis vaginaux tous les 1 à 3 mois pour surveiller le microbiome vaginal. Les chercheurs ont comparé ici les taux d’incidence des ITS (pour 100 personnes-années) avant et pendant la doxy PrEP. L’adhésion au régime, les événements indésirables et la satisfaction des utilisateurs ont été surveillés grâce à des enquêtes.
D’après les résultats rapportés, au total, 40 TDS de 29 ans en moyenne ont été suivies. Le taux d’incidence (IR) global des ITS bactériennes est passé de : 232,3 cas pour 100 personnes-années (PA) avant l’administration de la doxy PrEP à 79,2 cas pour 100 PA après l’initiation – le nombre de cas d’infections étant passé de 108 à 18. Il y a eu une réduction significative de l’ensemble des ITS (IRR = 0,33, p = 0,020) et une réduction significative du nombre de cas d’infections à Chlamydia trachomatis (IRR = 0,35, p = 0,056). L’incidence de la syphilis a quant à elle été réduite à zéro (IR de 17,2 avant la prise de doxy PrEP). Cependant, il n’y a eu aucun changement significatif pour Neisseria gonorrhoeae (IRR = 0,45, p = 0,136).
Les incidences de vaginose bactérienne et de la vaginite à Candida n’ont pas augmenté de manière significative (IRR = 1,19, p = 0,499 et IRR = 1,52, p = 0,358, respectivement). Parmi les 40 participantes, 22 ont complété les enquêtes, et presque toutes ont strictement adhéré à la doxy PrEP (observance élevée). Aucun ÉI grave lié à la doxycycline n’a été signalé – seulement des nausées et des vomissements ont été rapportés chez 22,7 % des participantes. L’utilisation du préservatif est restée quant à elle constante chez 95,4 % des participantes. En ce qui concerne le niveau de satisfaction, 72,7 % des participantes ont déclaré avoir vécu une réduction de l’anxiété liée à l’acquisition des ITS.
En conclusion, la doxy PrEP a significativement réduit les taux d’ITS chez les TDS, sans augmenter significativement les autres infections vaginales. Cette petite étude vient soutenir l’introduction de la doxy PrEP dans les populations considérées à haut risque.
Accédez aux résultats de ces deux essais cliniques divulgués durant la conférence internationale de l’IAS sur le sida (AIDS 2024) : Grennan, T., & al., et Abe, S., & al.
